mardi 23 mars 2010

Jean d'Ormesson : "Nous vous aimons, Madame".

En clôture du discours de réception de Simone Veil à l'Académie Française, le 18 mars 2010, Jean d'Ormesson lance une déclaration d'amour qui, pour publique qu'elle soit, se pare des atours de l'intimité :
"Je baisse la voix, on pourrait nous entendre : comme l'immense majorité des français, nous vous aimons, Madame".
Le discours intégral sur le site de L'Académie Française

Le discours de Jean d'Ormesson est pourtant très loin d'un cadre intimiste puisque la séance est publique, de nombreux invités sont présents, les médias sont tout ouïe, et l'orateur dûment juché sur sa tribune : Voilà une situation qui a priori ne sied guère aux confidences. Alors Jean d'Ormesson en crée une nouvelle de toutes pièces, ou plutôt de ses mots. Il simule un cadre de communication plus confidentiel en précisant qu'il "baisse la voix", laquelle déclaration est assortie d'une justification ironique car l'hypothèse exprimée "on pourrait nous entendre" présuppose que personne ne devrait les entendre, ce que le contexte dénie. Ainsi il dénonce la gageure dans le même temps qu'il la crée.

Le jeu des pronoms est significatif : le pronom "nous" désigne les académiciens et se démarque du "on" qui renvoie au reste de l'auditoire. Il fait de nouveau référence à cet auditoire à travers "l'immense majorité des français" qu'il associe cette fois à sa déclaration d'amour.

Jean d'Ormesson joue dans son discours des sphères intime et publique, confrontant les contraires, pour mieux les confondre. Un souffle d'ironie aura suffi à faire tenir ce tour de magie.

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