mardi 6 avril 2010

Nicolas Hulot : "j'ai eu une longue et, on va dire, franche discussion, hier soir, avec Jean-Louis Borloo"

Vendredi 02 avril, Nicolas Hulot était invité sur RTL à réagir à la décision du Président de la République de ne pas instituer la "taxe carbone". On y apprend qu'il a rencontré la veille Jean Louis Borloo, ministre de l'Ecologie. Je me suis intéressé à ce que dit Nicolas Hulot du ton de cette rencontre.

Jean-Michel Apathie : Est-ce que vous en avez parlé avec le Président de la République ?

Nicolas Hulot : Alors, j'en n'ai pas parlé avec le Président de la République ; j'ai eu une longue et, on va dire, franche discussion, hier soir, avec Jean-Louis Borloo...

"L'invité de RTL" du vendredi 02 avril

Ici, l'incise "on va dire" montre la distance que prend N.Hulot vis à vis de l'adjectif "franche" qui suit, en renvoyant la responsabilité du choix de ce mot à un "on" indéfini, il laisse ainsi entendre que "franche" n'est pas le qualificatif le plus approprié selon lui.


J-M Apathie : Les choses avancent. Un projet très important a néanmoins été abandonné. Discussion franche avec Jean-Louis Borloo, dites-vous, parce que vous vous êtes un peu engueulés. La confiance n'est plus là ?

N.Hulot : Oui, non, non, si, si... Eh bien justement, il vaut mieux bien s'engueuler, bien purger et puis que chacun essaie de comprendre.

"L'invité de RTL" du vendredi 02 avril

Quelques minutes plus tard, face à la question de Jean Michel Apathie qui explicite l'euphémisme de l'adjectif "franche", sous-entendant qu'[ils se sont engueulés], Nicolas Hulot a recours à une tournure impersonnelle "il vaut mieux" qui introduit une généralité, ce qui éloigne son propos de la situation dont il est question. Par ailleurs il corrige et atténue le verbe "s'engueuler" par l'emploi du verbe "purger" immédiatement juxtaposé et qui prend alors valeur de synonyme.


Deux jours plus tard, l'émission Dimanche +, sur Canal +, diffuse un reportage tourné dans les locaux de RTL, le jour de l'interview de Nicolas Hulot, et qui apporte quelques éléments de contexte :

(Commentaire) Dans les coulisses, un conseiller de Jean Louis Borloo est venu renouer le contact, car la veille le ministre et Nicolas Hulot dinaient ensemble ; une rencontre orageuse : Nicolas Hulot quitte la table, Borloo le rattrape sur le trottoir.

Le journaliste (s'adressant au conseiller et à N.Hulot) : il paraît que ça a été chaud entre vous hier soir ?
N.Hulot : ca a été, comment dire ?* viril... Voilà, mais c'est bien, c'est franc.

* Ndr : ou "comme on dit", je ne peux différencier les deux expressions.
Dimanche + du 04 avril, deuxième partie, à 7m38s

Dans le récit du commentateur, on aperçoit ce qu'a pu être concrètement cette discussion qualifiée d'"orageuse". En réponse, on retrouve de la part de Nicolas Hulot la volonté d'atténuation en utilisant le même procédé que précédemment : l'incise "comment dire ?" ou "comme on dit" met une distance entre le locuteur et l'adjectif qu'il choisit, à savoir "viril".


Retournons maintenant sur RTL : une demi-heure après l'interview, Nicolas Hulot répond aux auditeurs. En introduisant le débat, Vincent Parisot revient sur l'interview :
Vincent Parisot : J'avais l'impression que vous étiez tout en retenue, j'imaginais que vous seriez beaucoup plus en colère.
N.Hulot : Non, d'abord parce qu'on ne va pas ressortir ce vieil adage que la colère est mauvaise conseillère. Non il faut essayer à la fois de dédramatiser et en même temps de remettre les enjeux écologiques à leur juste dimension. On est dans quelque chose, honnêtement, qui mérite pas les petites phrases, les postures politiciennes.

"RTL : débat avec les auditeurs", le vendredi 02 avril


Je retiens surtout ce qui peut être l'explication aux précautions prises par N.Hulot : "On est dans quelque chose, honnêtement, qui mérite pas les petites phrases". Éviter la petite phrase, voilà qui fait écho à ce qu'il disait plutôt en répondant à J-M Aphatie : "On va essayer de ne pas forcer sur les mots". Si N.Hulot y est parvenu, les rédacteurs du site RTL.fr auront tout de même réussi à titrer, avec un gros point d'exclamation de colère en sus : "Nicolas Hulot sur RTL : l'abandon de la taxe carbone, c'est du gâchis !" en lieu et place de : "On va essayer de ne pas forcer sur les mots. Il y a un sentiment de gâchis".
Ils sont forts chez RTL.

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