lundi 5 juillet 2010

L'argument /ad hominem/ et Eric Besson


Ah l'argument ad hominem ! Avant même l'ouverture de ce blogue, j'avais griffonné sur mon indispensable pense-bête cet impératif "trouver arg ad hominem", je la vois cette mention, perdue parmi, pèle-mêle, quelques numéros de téléphone, la liste des courses, "retrouver le Blanat de Nino Ferrer" et d'autres considérations personnelles dont je ne ferai pas mention car elles m'éloigneraient d'autant de cet article qu'il me faut bien rédiger - je ne suis pas là pour raconter ma vie, je vous en prie, un peu de sérieux - ; reprenons. J'attendais donc le fameux ad hominem et il se présenta mercredi dernier, empruntant la voix d'Eric Besson.

L'argument ad hominem (littéralement "contre l'homme") est un procédé argumentatif qui vise à attaquer la crédibilité d'un interlocuteur en lui opposant ses paroles ou actes passés, ces derniers étant en contradiction avec la position qu'il défend. Voici le passage en question :

J-M Aphatie : Bonjour, Eric Besson.

Eric Besson : Bonjour, Jean-Michel Apathie.

J-M A : Ségolène Royal a déclaré, hier soir, sur TF1 : "Le système Sarkozy est aujourd'hui corrompu". Et bien entendu, à l'UMP, tout le monde s'indigne.

E.B : Eh bien, quand j'entends ça, je me dis que c'est surtout le système socialiste qui est perverti au sens où il a perdu ses repères. Qu'est-ce que ça veut dire, un parti qui est incapable de produire des idées, incapable de dire ce qu'il ferait dans un certain nombre de domaines et qui pratique une chasse à l'homme que je trouve honteuse ? Et songez au cocasse de la situation. J'entendais la conclusion de l'éditorial d'Alain Duhamel*.

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, est le premier Président de la République à avoir demandé à ce que chaque année, le budget de l'Elysée soit "audité", comme on dit, examiné par la Cour des Comptes ; et celle qui attaque et qui parle d'un système Sarkozy - elle est prudente d'ailleurs, parce que sinon ça relèverait de la diffamation - ; mais le système, il a une chance, c'est qu'il ne peut pas porter plainte. Donc, elle parle d'un système Sarkozy, c'est celle qui a été condamnée pas soupçonnée, condamnée pour infraction à la législation du travail sur ses assistantes parlementaires. Donc, franchement, quelle république que celle qui a été condamnée attaque celui qui a voulu la transparence absolue.

* [Ndr] A.Duhamel y juge "modestes" les efforts d'économie annoncés concernant le budget de l'Elysée.
Sce : L'invité de RTL, le 30 juin 2010

Pour répondre à l'accusation portant sur un "système" "corrompu", E. Besson renvoie S.Royal à sa propre condamnation "pour infraction à la législation sur ses assistantes parlementaires". Ce procédé vise à discréditer la personne elle-même et affaiblir par contagion son accusation, c'est en quelque sorte une forme évoluée du trivial "c'est celui qui dit qui y est". Voilà, c'était ça l'argument ad hominem.

Il n'est pas non plus inutile de noter la construction des phrases d'E.Besson : elle sont longues, faites de nombreuses reprises, et apparaissent forcément alambiquées une fois posées sur le papier. Rien de plus naturel pour autant, l'oral permet de s'émanciper des rigueurs de la syntaxe. Une particularité pourtant, concernant le segment qu'il consacre à S.Royal : en droite ligne de l'argumentation ad hominem, la structure des phrases est orientée exclusivement vers S.Royal, le sujet grammatical y réfère : "celle qui attaque et qui parle...", puis dans l'incise "elle", puis dans la reprise "elle parle", et enfin en position d'attribut "celle qui a été condamnée...". Et je ne compte pas les expansions qui permettent d'accumuler les compléments des pronoms, mais les souligne toutefois :
celle qui attaque et qui parle d'un système Sarkozy - elle est prudente d'ailleurs, parce que sinon ça relèverait de la diffamation - ; mais le système, il a une chance, c'est qu'il ne peut pas porter plainte. Donc, elle parle d'un système Sarkozy, c'est celle qui a été condamnée pas soupçonnée, condamnée pour infraction à la législation du travail sur ses assistantes parlementaires.



NB : E.Besson note dans son commentaire l'indétermination du mot "système" et qui est commandée selon lui par la prudence. On peut dans la même veine y ajouter la tournure passive, "Le système Sarkozy est aujourd'hui corrompu", sans complément d'agent ; "corrompu" par qui ?


Aucun commentaire:

Publier un commentaire

 
Copyright 2009 Les paroles prisées. Powered by Blogger Blogger Templates create by Deluxe Templates. WP by Masterplan