jeudi 29 juillet 2010

La Marseillaise, "Mais ces despotes sanguinaires..."


Couplet 5

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s'armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Texte retenu par la Présidence de la République,
à lire dans les archives du site
Elysee.fr plutôt que
sur le nouveau portail, à moins de couper le son.



Depuis le jour où j'ai eu à me pencher sur le texte de La Marseillaise pour un débat sans fin portant sur une histoire de "sang impur" ; depuis ce jour donc, je n'ai cessé de m'interroger sur l'ellipse grammaticale du cinquième couplet dans la phrase qui court des vers 5 à 9. A priori cette phrase est nominale, elle ne comporte pas de verbe conjugué et consiste en une juxtaposition de syntagmes. On ne se laissera pas avoir par l'apparence trompeuse de la forme verbale conjuguée "déchirent", laquelle participe à la proposition subordonnée relative à l'antécédent "tigres". Non, rien à faire, elle semble bien nominale cette phrase ; et pourtant il y a un "mais", et même un deuxième*, lesquels invitent à penser l'opposition ou la concession avec ce qui précède. Et qu'y trouve-t-on qui correspondent à "ces despotes sanguinaires" ? Eh bien "ces tristes victimes". Là, la phrase nominale éclate sous le coup de la congruence grammaticale et laisse entrevoir un hypothétique complément d'objet direct du verbe conjugué à l'impératif, "épargnez". On peut dès lors combler l'ellipse grammaticale : "mais [n'épargnez pas] ces despotes sanguinaires".

À quoi peut donc servir une telle figure de dissimulation ? Nous appellerons cela une retenue toute diplomatique qui évite l'incitation explicite au crime.

Petite appréciation personnelle : cette phrase avec ces trois juxtapositions, comme suspendue en plein vol et dans l'attente imminente d'un couperet qui déjà rugit dans le fors intérieur du chanteur m'invite à penser que les silences, les implicites, ont une force certes moins spectaculaire que les mots mais bien plus impressionnante ; une question de suggestion sûrement.




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