vendredi 1 octobre 2010

Eric Besson : "la fabrique à bons français"

Lors d'une rencontre avec les lecteurs du Parisien / Aujourd'hui en France, Eric Besson a utilisé des images "industrielles" pour qualifier le ministère dont il a la charge. Replaçons les mots dans leur contexte :

En réponse à un lecteur qui utilisait l'image d'"une machine à fabriquer de +bons français+", Eric Besson reprendra celle-ci comme suit : "Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de +bons Français+, je serai très heureux".

Par la suite, une lectrice reviendra sur cette expression :

La lectrice : Vous parlez de machine à fabriquer de bons petits français.
Eric besson : Si la conclusion de cet entretien est que mon ministère doit être une fabrique à bons français, j'y souscris bien volontiers, oui.
La lectrice : C'est le genre de propos que vous assumez, ça ?
Eric Besson : Pourquoi ? Oui bien sûr. Pourquoi ? Qu'est-ce qui serait gênant que le Ministère de l'immigration, de l'intégration, et de l'identité nationale, qui accorde la nationalité française, soit une usine à production de bons français ? C'est très bien.

Sce : dépêche AFP reprise sur le site leparisien.fr et la vidéo diffusée par leparisien.fr pour l'échange avec la lectrice.

Les trois images, "une machine", "une fabrique", "une usine" sont des métaphores du "ministère", respectivement métaphorisants et métaphorisé. Reste le lien analogique, i.e ce qui permet de comparer les deux notions, mais celui-ci n'est pas présent ; on dit alors que la métaphore est non-motivée. Ce lien analogique est à déduire et la chose n'est pas si aisée : en quoi le ministère ressemble-t-il à une usine, une fabrique, une machine ? Il semble qu'ils aient en commun ici ce que j'appellerai, faute de mieux, la fabrication de quelque chose. D'un côté une usine ou une machine fabrique un objet grâce à un procédé industriel, de l'autre le ministère attribut la nationalité grâce au processus de nationalisation. Voilà la métaphore caractérisée.

Cependant, l'explication qui précède fait l'économie des compléments "à/de bons français" qui qualifient chaque fois l'usine, la fabrique, la machine. Là, on observe un décalage sémantique car on ne peut mettre sur le même plan la fabrication d'un objet et celle "de bons français". En effet, le nom commun "français" renvoie à une personne (trait sémantique : humain) quand l'objet se voit attribuer le trait sémantique non-humain. Ainsi les métaphores utilisées induisent une réification, faisant d'un humain un objet.

L'effet est un va-et-vient contradictoire : le concept "nationalité française" est personnifié à travers le nom "français", lequel est alors réifié par le biais de la "machine" en produit manufacturé.     



Citation du jour :

Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?
 Milly, Alphonse de Lamartine


Nb : l'utilisation de la préposition à dans "fabrique à bons français" est impropre ou familière, selon le goût de chacun. On peut manger la barbe à papa ; mais celle de papa, non. 

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