mardi 3 mai 2011

Nicolas Sarkozy : "Pour ces victimes, justice est faite"

À l'annonce de la mort d'Oussama Ben Laden, le chef historique d'Al Qaïda, la Présidence de la République française a produit un communiqué où l'on peut lire :

"Pour ces victimes, justice est faite".

ndr :"ces victimes" renvoient aux victimes des attentats d'Al Qaïda.
Sce : "Mort d'Oussama Ben Laden", Elysee.fr.


Je me suis interrogé sur l'ambivalence qu'introduit la syntaxe de cette phrase à travers l'apposition en tête de phrase du segment "pour ces victimes". Sans cela, la phrase ne souffrirait d'aucune ambiguïté et ne pourrait se comprendre qu'ainsi : 

1. "Justice est faite [en faveur de/au bénéfice de] ces victimes". 

Mais l'apposition engendre une autre interprétation de la préposition "pour"  : 

2. "[Du point de vue de/en ce qui concerne] ces victimes, justice est faite".  

Dans le premier cas (1), c'est le locuteur, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, qui assume l'idée que justice est faite. Dans le second cas (2), c'est le sentiment des victimes qui est retranscrit ; dès lors la proposition justice est faite prend le statut d'un discours rapporté au style indirect libre auquel le locuteur, N.Sarkozy, peut adhérer complètement ou encore prendre des distances vis-à-vis de cette idée. Rien ne permettant de lever l'ambiguïté, ce sera une véritable ambivalence.

Cet exemple étant subtil et afin d'illustrer au mieux le concept, voici un cas plus flagrant  : 
Pour le lecteur, cet article est inintéressant.

Faut-il en conclure que je dénigre mon travail ?


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Très belle et très pertinente démonstration!
Quand Sarko parle : pour la vacuité, le vide est creux.
Balthazar

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